Poésie à Paul Claudel des malades du Pavillon de Malte

À Monsieur Paul CLAUDEL DE VINGT CINQ DÉRACINES DES QUATRE COINS DE LA TERRE HOMMAGE DE RECONNAISSANCE EMUE * Ils se sont mis en marche des quatre coins de la terre Aucun n’était de là C’était il y a des mois et des mois Qu’ils étaient partis, chacun portant son ulcère Chacun abandonait quelque chose, qui le palétuvier natal Qui les rapides de l’Orénoque, qui les monazites, qui le riz au poulet du Sénégal Et tous leur père et leur mère comme s’ils entraient au couvent ou au régiment Une étoile leur montrait la route Et ils étaient seuls à la voir. Elle brillait bien faiblement sans doute Mais plus fortque toutes les autres dans le noir Et ils ne la montraient à personne Par pudeur. Ce sont des choses qu’il faut cacher Toujours tremblant qu’on ne les soupconne Si leur bouche avait exhalé le parfum de l’innocence, ils auraient dit ,,Nous allons à la charité”. O Charité notre Mère Nous accourons vers ton Sein Sucre notre douleur amère Baigne nos yeux de romarin N’est-ce pas nous que tu préfères Depuis la prédication du Jourdain ? Voir noire conscience en jachère Et nos mains qui ne peuvent rien Sans toi la vie serai t l’enfer Rend nous de malsains, sain et saint ! Mais pas innocents pour un sou, ce fut moins ces mots là que le goût de la sépulture qu’ils avaient entre les dents Ils portaient en eux une tristesse qu’il fallait taire Trop persuadés que le monde n’est peuplé que d’indifférents Ces vingt cinq qui sont venus ainsi des quatres coins de la terre Acceptant ce...

Lettre du Prince Vladimir Ghika addressée à Monsieur Paul CLAUDEL

Lettre du Prince Vladimir Ghika addressée à Monsieur Paul CLAUDEL Cher Monsieur et Ami, Merci de tout cœur pour le ,,souvenir de la promenade de Subiaco”. Ma belle-sœur de son côté a été bien touchée par la Venue de votre ,,Mystère de Nöel” et de vous fleurs. Un ami flamboiement de flames fraîches et roses. Elle vous écrit d’ailleurs en ce moment pour vous faire part elle-même de tout le plaisir éprouvé à lire et à regarder. Ci-joint 1°) votre album de Saers Speco qui était resté dans l’auto. 2°) ma plaquette sur la ,, Visite des Pauvres” que, si gentiment, vous vouliez remettre à l’abbé Fontaine pour la lui faire porter, après lecture, à votre éditeur de Paris; le tout aux fins – bien tentantes pour moi – d’une jolie réédition. Si vous jugez la réunion souhaitable, on pourrait adjoindre au petit volume pour l’étoffer la méditation de ,,l”Heure Sainte”. Sinon, la disjonction (avec un petit format genre F. Jammes s’adaptant bien à celle-ci). J’ai taché de faire disparaître quelques unes des taches de style restantes. (notamment celles que vous aviez relevées) – Cela n’a pas été sans faire quelques autres taches… d’encre. J’ai un peu honte de mettre quelque chose d’aussi malpropre sous les yeux du bon abbé Fontaine. Mais je le supplie de se reporter par la pensée aux pires tas de ses bons chiffonniers d’antan pour trouver un point de comparaison qui sauve un peu mon petit paquet de papier sale. J’espère que nous aurons maintes occasions de porter ensemble à notre manteau, en d’autres sanctuaires d’Italie, les coquilles du pèlerin. En attendant je vous...