Manuscrit autobiographique de Vladimir Ghika (1901 ou 1902)

Né le jour de Noël 1873, de parents que je ne puis assez bénir Dieu de m’avoir donnés – dont on n’a jamais pu dire et penser autour de moi que du bien. Vie toute intérieure: à part les deuils et les maladies, aucun événement extérieur marquant; au-dedans de l’âme toutes les tempêtes, toutes les métamorphoses, toutes les inquiétudes, toutes les luttes. Né à Constantinople, où mon père était agent diplomatique de son pays – En 1878, départ pour la France après un stage de quelques mois en Roumanie – Je reste en France sans discontinuer de 1878 à 1895 (automne). Enfance précoce (mémoire éveillée dès un an et demi: j’apprends à lire seul et sais déchiffrer un livre tant bien que mal avant d’arriver en France, c’est-à-dire entre 4 et 5 ans). Application de l’esprit à toute sorte d’études au-dessus de mon âge, qui fait que je possédais déjà très bien la botanique et la zoologie avant 7 ans – avec une petite bibliothèque à cet usage, et pas mal l’astronomie, dont les descriptions m’enfiévraient, à la lettre = l’idée de l’infini surtout me plongeait dans des réflexions et des admirations sans bornes: avec l’idée de la mort [que celle de ma grand-mère (1879), puis celle horriblement douloureuse de mon père (1881) vinrent me porter], ces deux idées ont été le fond de ma vie morale d’alors et de celle de mon frère cadet avec lequel la communion d’idées a toujours été très-étroite – C’est un peu avant la mort de mon père que j’avais inauguré une prière d’enfant, hélas bien vite abandonnée, qui demandait à Dieu de...